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L'élection de Jean Drapeau à la mairie (1954-1957 et 1960-1986) secoue la ville, figée dans un certain immobilisme depuis 1930. La plus grande réalisation de cette période est sans contredit la tenue de l'Exposition universelle de 1967, un événement de première importance à l'échelle planétaire qui a attiré plus de 50 millions de visiteurs entre le 28 avril et le 27 octobre 1967.
Les pressions considérables visant à doter le Midwest industriel d'un meilleur accès à l'océan Atlantique vont déboucher sur la création de la titanesque Voie maritime du Saint-Laurent (1954-1959), dont la construction sera financée à la fois par les États-Unis et le Canada. Devant la taille de plus en plus imposante des bateaux, le canal de Lachine devient dès lors un couloir de navigation obsolète. En 1970, il ferme complètement, et une partie de ses bassins et écluses sont remblayés. À la même période, les travaux entrepris en prévision de l'Expo 67 (autoroute, rampes d'accès, métro, etc.) entraînent la démolition de deux cents bâtiments dans le Griffintown et le faubourg des Récollets. L'implantation de l'autoroute Bonaventure vient alors accentuer l'effet de rupture déjà créé par le viaduc du CN, rendant difficile toute continuité de l'activité urbaine. Dès lors, l'appellation faubourg des Récollets désigne le secteur situé à l'est de l'autoroute Bonaventure, entre les rues Saint-Jacques au nord, McGill à l'est et de la Commune au sud. À partir de 1975, la plupart des activités portuaires sont relocalisées à l'est du Vieux-Montréal, ce qui permettra d'ouvrir une fenêtre sur le fleuve. C'est en 1992, à l'occasion des festivités du 350e anniversaire de Montréal, que sont inaugurés les nouveaux aménagements du Vieux-Port de Montréal, conçu comme un parc urbain en rives, voué à la promenade et à la détente. Le canal de Lachine est intégré au réseau des lieux historiques nationaux administrés par Parcs Canada dès le milieu des années 1970. Une piste cyclable est aménagée sur les berges et les deux premières écluses sont partiellement excavées (1984). En 1997, le gouvernement fédéral et ses partenaires s'engagent dans un ambitieux projet de revitalisation du canal dont la première phase de réalisation est marquée par l'excavation du bassin Peel (2001), la restauration des écluses et le retour de la petite navigation de plaisance, au printemps 2002. Au cours des années 1990, la revitalisation du Vieux-Montréal et du canal de Lachine, le déplacement des activités portuaires vers l'est et le réaménagement du Vieux-Port produisent des effets d'entraînement dans les faubourgs. Dans un premier temps, les stratégies immobilières et économiques incitatives de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec conduisent à la création de la Cité Multimédia, un projet qui a pour effet de requalifier une partie importante du faubourg des Récollets. Contrairement aux nombreux plans directeurs précédemment proposés pour le secteur, le projet mise sur le maintien de la trame de rue existante et la conservation de bâtiments. Cette revitalisation s'accompagne de plusieurs projets de développement résidentiel prestigieux : Quai de la Commune, Nouvel Europa, McGill Ouest, M9, etc. Au nord du faubourg des Récollets, la construction du Centre de commerce mondial ainsi que le déménagement du siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI, organisme de l'ONU) et de celui de l'Association internationale des transporteurs aériens (IATA) marquent la naissance du projet Quartier International de Montréal (QIM). Les investissements réalisés dans ce secteur, notamment dans les aménagements d'espaces publics, ont par ailleurs favorisé le développement de nombreux projets résidentiels dans le secteur tels que le Unity 2 et le Southam Mosaïque. Enfin, le secteur Griffintown, délimité à l'est par l'autoroute Bonaventure et à l'ouest par la rue De la Montagne, au nord par l'autoroute Ville-Marie et au sud par le canal de Lachine, est également en phase de requalification. Bien que toujours truffé de stationnements, le secteur a bénéficié, au cours de la dernière décennie, de l'arrivée de l'École de technologie supérieure (ETS) et de ses résidences d'étudiants et de la réalisation d'un projet résidentiel de 1500 unités de logement au nord du secteur (Les Cours Chaboillez, la Terrasse Windsor et les lofts Lowney's). De plus, il profite désormais d'un nouveau lien entre le centre des affaires, le bassin Peel et le Vieux-Port, rendu possible par le raccord récent des rues Peel et De la Commune. Le Griffintown est présentement dans la mire d'un promoteur qui souhaite y développer un vaste ensemble immobilier constitué d'unités résidentielles et de surfaces commerciales (1,3 milliard$).
En 1967, l'autoroute Bonaventure était la principale voie d'accès au site de l'exposition universelle et constituait une voie d'accès majeure au centre-ville pour les automobilistes en provenance de l'ouest de Montréal (via l'autoroute 20, achevée en 1967), du nord (via l'autoroute Décarie, 1959- 1967) ou de la Rive-Sud (via le pont Champlain, 1957-1962). Avec l'ouverture de l'autoroute Ville-Marie au cours des années 1970, son rôle est devenu moins crucial mais encore à ce jour, l'autoroute Bonaventure représente une voie d'approche privilégiée au pont Champlain ainsi qu'une importante voie d'entrée de ville.
Lorsqu'elle était aggravée par la rencontre de coffres bien garnis, la fièvre moderniste dont ont souffert la plupart des administrations municipales nord-américaines au cours des années d'après-guerre menait inexorablement à la destruction de pans de ville entiers au nom de la sacrosainte modernité. Les autoroutes urbaines, élevées ou en tranchée, constituent probablement le principal héritage de cette époque progressiste. Mises au service du désengorgement des centre-villes et du développement des nouvelles banlieues, ces infrastructures de béton étaient érigées sans considération pour l'échelle humaine et ont dans la plupart des cas mené à une déstructuration du tissu urbain et à un isolement des secteurs riverains (waterfronts). Force est de constater que, plutôt que de régler les problèmes de congestion dans les quartiers centraux, ces autoroutes ont probablement contribué à les amplifier en facilitant un étalement urbain qui participait à l'accroissement du parc automobile. La plupart de ces autoroutes ont été construites au cours des années 1960 et sont maintenant dans un état lamentable, après avoir supporté le passage de millions d'automobiles et avoir été recouvertes de tonnes d'abrasifs. Face à la décision de procéder aux onéreux travaux de réhabilitation qui s'imposent, plusieurs villes font aujourd'hui le choix de déplacer ces autoroutes, de les démanteler et de les transformer en boulevards, ou de les recouvrir et de reconstruire les îlots créés. En éliminant les fractures créées par les autoroutes, en retissant le tissu urbain et en reconnectant les villes à leurs cours d'eau, les administrations municipales ont désormais placé le respect de l'échelle humaine au rang de leurs priorités. Vestige d'une époque révolue, l'autoroute Bonaventure est l'une des dernières autoroutes surélevées construites en Amérique du Nord.
Le plan de la trame actuelle du secteur illustre bien l'envergure de la brisure causée par la présence de l'autoroute Bonaventure. Il témoigne également de la déstructuration causée par l'enchevêtrement de voies d'accès à l'autoroute Ville-Marie, au nord-est du Griffintown. Au sud de Notre-Dame, de part et d'autre de l'autoroute, la trame demeure relativement inchangée, si ce n'est l'ajout de deux petits tronçons d'orientation Nord/Sud dans la partie nord du faubourg des Récollets. De façon générale, on reconnaît bien la configuration des anciens faubourgs, désormais scindés en deux. À noter qu'au nord, dans le Quartier International, les travaux d'embellissement du domaine public et de reconfiguration de la voirie ont permis, au début des années 2000, de redonner au Square Victoria sa configuration originale (voir plan de 1907.)
Le portrait du cadre bâti (2005) permet de percevoir l'échelle des zones déstructurées qui affligent le Griffintown et la partie nord du faubourg des Récollets depuis le départ des industries. Au sud du faubourg, le développement de la Cité Multimédia a récemment permis de consolider une partie du secteur. Par ailleurs, la représentation des espaces habitables sous le viaduc ferroviaire permet de déceler une certaine continuité bâtie le long des axes Est/ Ouest, malgré la brisure. À noter qu'au Sud-Est du faubourg des Récollets, les installations de la défunte Montreal Southern Counties Railway (gare et voies ferrées) ont fait place à un complexe immobilier qui longe la rue McGill (Le Nouvel Europa).
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